La Géographie de Ptolémée en Occident
PATICK GAUTIER DALCHÉ, La Géographie de Ptolémée en Occident (IVe-XVIe siècle), Turnhout 2009 (Terrarum Orbis, Histoire des représentations de l’espace: textes, images, n. 9) (Brepols), 443 pages, 30 colour illustrations, hardback, € 95.00.
Dans l’Antiquité tardive, malgré une diffusion relativement importante, le manuel cartographique de Ptolémée (IIe s. après J.-C.) n’eut pas de postérité conforme au projet de son auteur. Dans le Moyen Age latin, en revanche, la connaissance de son contenu ne disparut jamais, grâce en particulier aux traités d’astronomie traduits de l’arabe. La version latine faite au début du XVe siècle n’eut donc pas le caractère révolutionnaire qu’on lui attribue souvent. La réception « philologique » d’une somme qui permettait de comprendre l’espace antique tel qu’il apparaissait dans les classiques fut importante. Mais les savants formés dans les universités, astrologue et médecins, jouèrent un rôle jusqu’à présent peu étudié dans l’analyse des contradictions entre l’image du monde ptoléméenne et d’autres types de représentations qui ne furent pas pour autant dépréciés et abandonnés. Le long processus de modernisation de Ptolémée entra dans une phase décisive à partir du troisième quart du XVe siècle grâce à la synthèse opérée entre programme humaniste et philosophie naturelle. Il se poursuivit dans le premier tiers du XVIe siècle par la réflexion sur les modes de représentation (appelés « projections » de façon anachronique), sans qu’ait encore été abolie la dépendance du monde sublunaire à l’égard du monde céleste, caractéristique de la pensée de l’espace terrestre depuis l’Antiquité, que l’œuvre de Ptolémée justifiait au mieux. La réception de la Géographie, envisagée sur une longue période, ne vérifie donc pas l’opinion selon laquelle elle aurait joué un rôle fondamental dans le passage supposé à une conception « moderne » distincte de la conception « médiévale » de l’espace. L’ouvrage, qui remet en question un certain nombre de lieux communs de l’histoire culturelle, est fondé sur l’analyse de première main des sources textuelles et cartographiques de la tradition grecque et latine émanant de milieux intellectuels très divers.
Table des matières: Avant-propos (pp. 7-12); Chapitre I - La Géographie de Ptolémée (pp. 13-22): 1. Un guide pour dessiner une carte du monde habité. 2. Problèmes d’authenticité : un texte composite, des cartes postérieures ? 3. L’originalité de la Géographie. 4. Les éditions. Chapitre II - De l’Antiquité tardive au monde byzantin (IVe-XIIIe siècle) (pp. 23-86): 1. Dans les écoles d’Alexandrie au IVe siècle. 2. Les Res gestae d’Ammien Marcellin. 3. Le retour aux mesures itinéraires : Protagoras et Marcien d’Héraclée. 4. Ptolémée chez les monophysites. 5. Histoire et exégèse littérale à Costantinople et en Italie : Cassiodore et Jordanès. 6. De l’Antiquité tardive à Byzance. Chapitre III - La présence de la Géographie dans L’Occident Latin (VIIe-XIV siècle) (pp. 87-142): 1. Survie de la Géographie dans le haut Moyen Age occidental. 2. Premiers effets des contacts avec la science arabe. 3. Ptolémée cartographe chez les astrologues latins : la fortune des deux « Haly ». 4. Coordonées géographiques et représentation de l’espace. 5. Des coordonnées à la carte. Chapitre IV - La constitution d’un modèle (fin du XIVe-milieu du XVe siècle) (pp. 143-214): 1. L’arrivée de la Géographie à Florence. 2. Le cercle de Niccolò Niccoli : Ptolémée au service de la géographie historique. 3. Hors d’Italie : l’intérêt pour les aspects « scientifiques » de la Géographie. 4. Le concile de Florence et les discussions sur l’habitable (1439-1441). 5. Confrontations et conciliations. Chapitre V - La banalisation du modèle (deuxième moitié du XVe siècle) (pp. 215-288): 1. La diffusion du modèle humaniste : manuscrits de luxe et éditions imprimées. 2. Ptolémée et la cartographie des Découvertes. 3. Un modèle multiple et problématique. 4. Vers une cartographie « mathématique ». Chapitre VI - L’approfondissement du modèle (fin du XVe-premier tiers du XVIe siècle) (pp. 289-333): 1. Dans la péninsule Ibérique. 2. En Italie : La difficile alliance de la philologie, des mathématiques et de la réflexion sur les Découvertes. 3. Dans les pays germaniques et en Europe centrale : diffusion, critique et modernisation. Épilogue (pp. 335-339). Sources (pp. 341-351). Bibliographie (pp. 353-385). Indices (pp. 387-400): Index codicum; Index nominum et operum. Illustrations (pp. 401-442); Crédits photografiques (p. 443).


